L'abîme du S

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vers la lumière... [1314]

viator
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Viator
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Posté le : 06/10/2013 à 22:01 (Lu 9251 fois)
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Étrange carte en vérité que cette carte du S, carte miroir, qui, contrairement à toutes les autres, renvoie à un événement très concret de ma vie. Comme si elle voulait rappeler au voyageur que la souffrance ne se laisse jamais saisir comme un concept, qu'elle est toujours, et avant tout, une marque dans la chair - physique ou psychique - de celui qui la rencontre. Qu'il s'agisse de la mienne propre ou de celle d'autrui, de celle que je subis ou de celle que j'inflige, un jour ou l'autre la souffrance me rattrape, multiforme, mais toujours également absurde et révoltante...

Il n'y a rien à comprendre ici, ami. Juste ressentir, juste accepter. Pour enfin, au moment où survient la grâce, transfigurer. Transmettre la lumière jusqu'aux recoins les plus obscurs de ce monde : telle est, et c'est un profond mystère, la fonction ici-bas de la souffrance, et le chemin de sa sublimation.


Le multiple abîme du S [1357]

Apolline

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Compagnon de route
6 messages postés


Posté le : 25/05/2015 à 21:46 (Lu 8369 fois)
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Je rebondis sur le "S" du mois
C'est un hôpital un 1er janvier, tel un navire abandonné ; au bout du couloir blanc résonnent des bruits de plateaux métalliques manipulé par des fantômes...
Dans la chambre un homme à peine vêtu d'une blouse ouverte dans le dos, gît, la force de son corps ne lui permet pas de se tenir en position assise, son dos et sa tête se courbent inéluctablement vers la tablette devant lui, tel un saule pleureur... Il tremble de tout son être, dans le silence profond de sa douleur.
De cette souffrance incarnée, telle un miroir la personne qui m'accompagne a un mouvement de recul et d'effroi tant la vue du grand homme qu'elle a connu ne peut dans sa conscience se superposer avec cette vision... Le trop plein d'émotions qui l'envahit la coupe alors quelques instants de toute présence...
Seul mot qui rime avec souffrance, il serait si bon que chaque être vivant puisse la sentir.
Présence qui seule rime avec Souffrance...
Essence de l'Humanité : Etre là pour l'autre, accueillir la douleur par un regard, une caresse sur le front, une main dans la main, être présent de tout son Etre.
Révoltante ? Absurde ? Je ne sais, elle Est... Et a besoin d'être accueillie, car ce qui ne peut rimer avec le "S" de Souffrance c'est le "S" de Solitude, ses 2 "S" là sont si dissonants l'un a l'autre pour nos âmes d'humains...

Re: vers la lumière... [1358]

viator
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Viator
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Posté le : 28/05/2015 à 08:26 (Lu 8356 fois)
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Oui, bien sûr, chère Apolline, la souffrance n'apparaît absurde et révoltante que lorsqu'on la regarde de trop près. La distance juste, c'est à la fois le pas en arrière, pour cesser de nous identifier à elle, et le pas en avant qui nous mène au plus près de la personne qui souffre. Les deux pas sont indissociables, on ne peut pénétrer au cœur du vivant, en nous et entre nous, que lorsqu'on a cessé de s'identifier à ce qui survient, et qui nous touche, nous blesse parfois.

La compassion n'est pas une émotion en effet, ni un sentiment, c'est une ouverture. Par elle, je puis éprouver les émotions d'autrui, donc souffrir avec lui le cas échéant, mais sans me laisser submerger par sa souffrance. Je lui tends la main, mais je reste sur la rive ; c'est seulement ainsi que je peux le tirer hors de l'eau s'il est en train de se noyer. Ultimement, la vérité n'est pas cette souffrance, mais ces deux mains qui se serrent l'une dans l'autre. La Présence, en effet, et c'est l'inverse de la solitude...


accepter la douleur mais pas la souffrance [1391]

hyen

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3 messages postés


Posté le : 24/01/2017 à 04:45 (Lu 6951 fois)
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Bonjour chers amis

Je suis déjà venue ici il y a 7 ans. Je ne me rappelle pas quelles étaient mes interrogations alors. Dommage que je ne puisse relire mes interventions.

Je sais que j'ai traversé beaucoup d'évènements mais je ne peux dire si j'ai véritablement changé et si mes questionnements sont les mêmes. Pour cette raison je trouve bon de revenir et d'essayer de faire le point en partageant avec vous autour du thème de la souffrance, puisqu'il en est question jusqu'à vendredi prochain, jour du changement de l'année comme du changement du mois lunaire.

Comme on prend de bonnes résolutions à la nouvelle année, j'aimerais être dans les meilleurs dispositions pour remplir au mieux ma mission qui est somme toute de vivre au mieux et d'aider au mieux mes proches dans leur parcours aussi.

Cher Viator, et chère Apolline, vos récits me renvoient à ce que j'ai pu moi-même vivre en hôpital, du côté du patient et non comme simple visiteur. J'ai l'impression que le regard est différent que l'on soit de l'un ou de l'autre côté. Il y a comme une frontière.

Il y a 20 ans, au réveil de ma première opération après une anesthésie générale, je me souviens très bien avoir entendu et senti autour de moi d'autres personnes en peine et mon réflexe naturel a été alors de chanter comme à des enfants que l'on berce. C'était une façon pour moi de les accompagner vers le chemin du réveil.

Moi-même je me sentais bien, malgré quelques inconvénients dû à la gêne des accessoires pour respirer. Je n'avais quand à moi pas de raison de me lamenter de mon sort, jusqu'au moment où l'on me conduisit en chambre et que je vis comme de la pitié dans le regard du gentil monsieur dont le métier est d'aider le patient à vivre dans un minimum de dignité. Que je devais avoir l'air pitoyable !

Ma dernière opération date d'il y a 3 ans maintenant. Coutumière du fait je ne m'inquiétais pas plus que ça des désagréments que cela pouvais avoir ou alors je me le cachais en moi-même. Il y eut en fait des effets secondaires quelque peu désagréables et je peux dire que pour la première fois j'ai senti en moi une souffrance pour laquelle on ne peut réagir que par le cri.

Mais je m'aperçois en écrivant que le mot douleur convient mieux au mot souffrance. Avec le recul je dissocie souffrance morale et douleur physique. En tant que patient j'acceptais la pris en charge et pour cela la confiance m'aidait à patienter et à traverser sereinement ces longs jours d'attente.

Ainsi je me dis que ce n'est pas forcément les "cicatrices de guerre" qui me rendent plus forte ou endurante. J'ai quelque chose en moi qui me fait accepter les situations auxquelles je ne peux rien faire. Cela est une façon de se défendre, se laisser gagner par l'optimisme ou ne pas tomber dans l'apitoiement qui est un abîme de souffrance.

Re: vers la lumière... [1392]

viator
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Viator
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Posté le : 31/01/2017 à 19:06 (Lu 6885 fois)
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Bonjour et bienvenue chère Hyen.

Tu es en effet venue nous rejoindre lors de notre premier voyage, dont les traces ont malheureusement disparu.

Certes, chacun est plongé dans sa propre vie, et nul ne peut vivre, encore moins souffrir à la place d'un autre. Mais c'est en vivant "au mieux", comme tu le dis, en chantant à ses côtés par exemple, qu'on aide le plus efficacement autrui à vivre de même. Merci beaucoup pour ton beau témoignage !

Je ne crois pas qu'on obtienne un jour de réponse aux questions essentielles, comme celles qui concernent la souffrance, ou le mal. A mesure qu'on les fréquente, ces questions se creusent au contraire, de plus en plus – on finit par découvrir, tout au fond, une certaine paix, grave et pleine de compassion pour tous les hommes, aussi bien pour ceux qui souffrent que pour ceux qui passent indifférents, aussi bien pour les victimes que pour les bourreaux. Une certaine lumière aussi, un peu tamisée, comme celle du soleil lorsqu'elle filtre à travers le coton tourmenté des nuages, celle-là même qui nous émerveille tant lorsqu'on la retrouve dans les tableaux des Maîtres flamands.

C'est aussi pourquoi, tout au fond, on retrouve une certaine joie. Et une certaine forme d'optimisme. Car cette joie est le meilleur cadeau qu'on puisse faire à ceux qui nous entourent.

Une certaine paix, une certaine lumière. Une joie sans motif qui irradie. Une force pour agir. Mais pas de réponse...


Re: vers la lumière... [1404]

sophiev

Voir son profil  Skype : sophie vidamant

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Posté le : 29/10/2018 à 11:35 (Lu 3837 fois)
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"Pourquoi toute cette souffrance ? Il n’y a pas d’explication. En un sens, c’est rassurant : dans ce domaine, expliquer, c’est toujours minimiser. L’explication mettrait une distance, et la souffrance en face paraîtrait moins grande. Inévitablement, l’explication est trahison."

Merci pour nous faire voir très clairement que toute recherche d'explication est une fuite en avant, le refus de vivre avec ce qui est dans sa nudité

Re: vers la lumière...

viator
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Viator
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Posté le : 29/10/2018 à 19:20 (Lu 3830 fois)
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...merci à ceux qui savaient cela depuis toujours, qui vivaient de cette souffrance-là, qui lui étaient tout entiers offerts – et qui me l'ont transmise, cette connaissance de feu et de sang, de sueur et de larmes, de terreur et de désespoir, à moi l'homme de la terre, le bien portant, l'insensible, l'ignorant...

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