le travail

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domino
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le travail

Message par domino »


Tu ne parles pas beaucoup ici la question du travail, je trouve cher Viator, non pas l'action dans le monde, ni le travail de l'artiste, comme il t'est arrivé de l'évoquer, mais le travail salarié, et la nécessité de "gagner sa vie", comme on dit. C'est quand même une activité qui nous occupe une grande partie de notre temps, 8 heures par jour, jusqu'à la retraite... C'est quelque chose que l'on ne choisit pas vraiment, la plupart du temps, un lieu de contraintes difficiles à éviter, d'"aliénation" comme on dit aussi... Que penses-tu de tout cela ?
viator
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Re: le travail

Message par viator »

ravi de te revoir, cher domino !

Oui, le travail est une sacrée malédiction, et qui nous vient de loin ! La conséquence de la Chute, dit-on. Et cette vieille histoire, selon laquelle le "travail" est également le nom d'un instrument de torture... Le problème que tu soulèves ici, c'est l'aliénation dans le travail, qu'on peut écrire aussi avec les mots de Marx : elle enchaîne l'ouvrier aux impératifs de la production, et subordonne sa force de travail à la logique du capital et à son accroissement exponentiel. Or il y a l'autre aspect de la chose, car le travail est aussi, sur un plan d'ailleurs non plus seulement individuel mais collectif, l'accomplissement de l'?uvre : c'est par son travail que l'homme construit les civilisations, et fait avancer l'Histoire. C'est par son travail qu'il devient de plus en plus profondément humain ? c'est-à-dire aussi plus profondément social. Ce qui est honteux, entend-on régulièrement, ce n'est pas le travail, mais la misère et la nécessité. Ou l'oisiveté... À la fois le meilleur et le pire, donc ! Mais peux-tu préciser ce qui, dans ta propre condition de "travailleur", te pose problème, concrètement ?
domino
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Re: le travail

Message par domino »

Concrètement ? Eh bien, on me propose un avancement. D'un côté, c'est intéressant, plus de responsabilité, j'aime assez bien être dans l'action justement, dans l'action collective, et ça me plait assez de mener un projet, dont j'aurai contribué à l'élaboration, avec une petite équipe. Ça donne du pouvoir, non pas pour le pouvoir en lui-même (quoi que, je ne sais pas...), mais pour les possibilité qu'il offre de réaliser des projets, de les mettre "en ?uvre", comme on dit si bien. Bon, et puis il y a le salaire aussi, pour vivre mieux, offrir plus à mes enfants, la vie coûte si cher... Mais en même temps, je me méfie : tout cela va beaucoup m'accaparer, occuper mes soirées, enfin certaines soirées, agiter mon sommeil quand je devrai régler un problème difficile, sans parler des inévitables conflits avec mes anciens collègues dont je vais devenir un peu le petit chef... Cet argent que je vais gagner, ces satisfactions dans le travail, je les vends contre du temps et de la tranquillité, contre mon âme peut-être, et je ne sais pas si je vais être gagnant, quelque chose me dit que ce n'est pas du tout sûr...
viator
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Re: le travail

Message par viator »

Je comprends bien, cher domino, tu es en effet face à un choix difficile...

Que te dire ?.. Toute situation de choix présente les mêmes caractéristiques : ce n'est de toute façon jamais moi qui fais le choix, mais je peux "écouter" les différentes perspectives tour à tour tenter de forcer, ou de séduire mon assentiment, mon approbation, mon enthousiasme. Puis "écouter", le moment venu, la décision qui se prendra... Pour exprimer plus concrètement mon sentiment sur la question, ou disons pour renforcer certaines des perspectives qui se présentent à toi, je pourrais te dire que la conviction d'exercer un pouvoir et de réaliser des choses importantes ? même lorsqu'on reste à ce niveau ordinaire (et illusoire !) où l'on croit décider de l'action à faire, où la volonté serait libre ?, cette conviction est vite déçue à l'épreuve de la réalité. Il est ainsi frappant de constater combien le personnage "le plus puissant de la terre", le Président actuel des États-Unis, n'a pas le pouvoir de réaliser dans son propre pays cette réforme de la santé qui lui tient pourtant particulièrement à c?ur...

Mais bon... Si ce choix d'accepter la promotion s'impose à toi, tu feras toi-même cette expérience, et sans doute des choses concrètes se réaliseront-elles tout de même. Mais tu verras aussi que les enfants ont plus besoin de présence et d'amour que de compensations matérielles. Et puis tu comprendras que le chemin choisi n'a en réalité pas plus d'importance ni de valeur que celui qui est laissé de côté, et que nous sommes attendus, au bout du compte, non pas sur des choix que nous ferions, mais sur l'accueil de ces éventails de choix qui apparaissent en nous, qui travaillent en nous, et sur ceux qui, un peu plus tard, finiront par s'actualiser en nous.

sturgeon
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Re: le travail

Message par sturgeon »


Bonjour Domino,

Il est toujours un peu périlleux de « conseiller » les gens ( dans « conseil » n?entend-on pas « con » ? ) et j?ai l?impression que ceux qui conseillent les autres jouent à ce moment plus souvent leur propre partie que celle de l?autre, ça s?entend, ça se voit, car celui qui conseille se met ainsi dans une position gratifiante pour lui : il est censé savoir, censé être généreux, être un peu supérieur, et peut se réjouir, le plus souvent inconsciemment, de l?influence ( c?est-à-dire du pouvoir ) qu?il a sur l?autre et du bénéfice égotique qu?il tire de l?échange.

Plutôt que conseiller, il vaut mieux chercher à donner des infos en questionnant à ce moment le lieu, l?état de moi, d?où on les donne. Dit autrement : la situation où quelqu?un nous demande conseil est une opportunité d?être au meilleur de soi-même. Les psys qui se réclament de Roger savent bien cela, qui pensent que « tout individu possède en lui les ressources nécessaires à la résolution de ses problèmes, et que leur rôle consiste seulement à le mettre en position d?y accéder », de telle sorte qu?ils ne se posent pas trop de questions quant à leur vis-à-vis mais plutôt sur leurs capacités d?écoute et d?empathie car c?est celles-ci qui permettent à l?autre d?avoir accès à ses ressources.

Mais je ne suis pas psy, nous ne sommes pas présents à l?autre physiquement, ce pourquoi nous ne pouvons procéder ainsi. Nous allons donc faire autrement, si tu veux bien.

Ce préambule nécessaire? Il est dit en maint endroit, je crois, que le mental ne nous répond jamais efficacement. Il nous tire tour à tour, en fonction des programmes « parentaux » qu?il a intériorisés, vers le oui et vers le non. La seule bonne réponse, c?est l?Intuition ( nommée selon les sources « subconscient », « moi profond », « Maître intérieur », etc. ) qui peut la donner. Il faut donc l?écouter, en sachant qu?ensuite, le mental reprendra probablement sa musique de crécelle et qu?il faudra la lui laisser jouer sans l?écouter vraiment.

La « solution » que je te propose donc consiste à faire comme il est dit dans les livres : te mettre au calme et envisager les deux options sous tous leurs aspects. C?est le film qui te mettra en paix, qui t?apportera une part de joie douce, qui est le bon. Et si rien ne te vient de clair pendant cette petite balade dans ta tête, tu passes alors à autre chose en t?occupant de telle manière que tu n?y penses plus car, les praticiens en ce domaine, sont formels, il te faut ne plus t?en mêler pour que se fasse le travail intérieur. Normalement, comme on dit, la solution te viendra d?elle-même, sous une forme éventuellement inattendue : une chanson qui passe à la radio, une conversation, un truc à la télé, une page de livre ou de revue qui te tombe sous les yeux, etc. Et tu sauras alors où aller ?

Mais, si tu veux bien, nous pouvons aussi faire un petit jeu tout les deux : je vais me faire l?avocat, le temps de quelques lignes, d?un choix puis de l?autre. Au moment où tu liras, essaye de voir comment tu te sens lors des deux lectures : si tout se passe comme nous pouvons le souhaiter toi et moi, c?est la plaidoirie qui te fera te sentir le plus léger, qui te donnera la meilleure énergie, qui répond à ta question.

1- Oui, sacrifier ton temps et tes enfants, te programmer des soirées difficiles, te mettre dans une position où tu devras commander et parfois réprouver, voire sanctionner, c?est, tu l?as bien dit, vendre son âme au diable qu?est notre société matérialiste qui ne privilégie plus que le paraître, le pouvoir, les hiérarchies. La vie ne te pardonnera pas cette trahison de tes valeurs?

2- Oui, saisir cette main que te tend la vie, c?est te mettre dans les épreuves dont tu as besoin pour grandir, c?est te donner une aisance financière qui te permettra de mieux satisfaire tes enfants qui auront vite plus besoin, pour se construire eux-mêmes, de l?image d?un père qui s?affirme que d?un père qui joue, certes sympa mais un peu loser. La vie, qui est défi et mouvement, ne te pardonnera pas cette lâcheté, cet immobilisme et ce renoncement à ton évolution ?

Voilà Domino, j?ai dit ? je te souhaite bonne route . Babaille





viator
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Re: le travail

Message par viator »

Merci beaucoup, cher Sturgeon, je n'aurais su mieux dire, vraiment...
domino
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Re: le travail

Message par domino »

Merci à tous les deux. Vraiment. Je vais essayer ce truc. J'avoue qu'à la lecture des deux alternatives de Sturgeon, rien ne s'est imposé vraiment, mais je vais laisser tout ça "travailler" en moi... Il n'empêche que cette question du travail, en ne la réduisant pas à de simples affaires personnelles, me semble essentielle : un ami, et il y en a beaucoup dans son cas, s'est retrouvé dernièrement au chômage, pratiquement du jour au lendemain, avec des traites, des enfants également... D'autres s'enrichissent démesurément, et tout cela se passe également au niveau des pays, des continents même. Et puis beaucoup de métiers ont perdu leur sens... Tu me demandes, cher Viator, d'évoquer ce qui pose problème "dans ma propre condition", mais je dirais que cette aberration générale et planétaire me concerne directement, je m'en sens solidaire...
viator
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Re: le travail

Message par viator »

À ce tableau sombre, tu pourrais ajouter, cher domino, l'extrême misère de plus de la moitié de la population mondiale et le fossé qui ne cesse de se creuser avec les très riches, le sacrifice de la diversité du vivant sur l'autel du profit à l'avantage de quelques-uns, l'irresponsabilité des puissants, dont les fantaisies technologiques, financières, sanitaires... mettent en danger la vie sur notre planète, et jouent sur un coup de dé, sans le moindre scrupule, le sort de millions d'humains...? Et, notamment parce que tu travailles, ta propre responsabilité dans cette affaire.

Et ne crois pas, bien évidemment, que tu pourrais échapper à cette responsabilité en cessant de travailler ! Car de toute façon chacun consomme, et sans argent, dans nos sociétés tout au moins, il est pratiquement impossible de vivre, ni même de survivre. Nous sommes "jetés" dans un monde dans lequel les relations sociales sont structurées par des rapports marchands, et, sauf à se réfugier dans une grotte au fond de la montagne, nul ne peut s'y soustraire. Que faire alors ? L'on en revient toujours au même : le meilleur service que je peux rendre au monde, c'est de le laisser reprendre les rennes, et de faire confiance "l'Intelligence de la vie" (selon la belle expression de Thierry Vissac) : écouter et accueillir l'action qui se joue, en moi comme hors de moi. L'action qui jaillit d'une telle écoute, cette écoute même dont te parlait Sturgeon, peut désamorcer une quantité inimaginable d'actions automatiques et inconscientes, jusqu'aux plus calamiteuses. En toi, dans tes relations proches, dans le monde. C'est la seule voie...
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