et si on parlait d'amour ?

viator
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Re: et si on parlait d'amour ?

Message par viator »

De ce genre de question, cher domino, la liste est sans fin : si j'attrape un cancer ? si mon enfant meurt ? si ma maison brûle ? si la guerre se déclare ?... Et c'est toujours la même réponse : accueillir ce qui vient ainsi me frapper est le meilleur moyen pour l'absorber et le digérer. Ou le laisser glisser sur le côté... Se raidir contre les coups n'a jamais été une stratégie efficace, en Arts martiaux comme en n'importe quel autre domaine. Bien entendu, la souffrance peut être très grande, presque insupportable, mais c'est seulement lorsque je l'accueille qu'elle diminue son emprise, et cela est valable également pour la souffrance physique, une rage de dents par exemple. Ce qui ne veut pas dire que je doive refuser tout analgésique, simplement cet accueil me permet de mesurer plus objectivement la dose exactement nécessaire. De même, cette séparation d'avec la mère de mes enfants peut-être douloureuse au point que je doive me faire aider, entreprendre une thérapie par exemple, mais l'accueil de la situation rendra cette aide beaucoup plus efficace. Et puis, la vie m'a montré qu'au fond des trous les plus noirs gît un trésor, une lumière rare et précieuse, qu'il est impossible de rencontrer ailleurs.
domino
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Re: et si on parlait d'amour ?

Message par domino »

Et si, coincé au fond de ton trou, tu finis par en mourir ?
marion
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Re: et si on parlait d'amour ?

Message par marion »

Souffrir de la séparation d'avec la mère de ses enfants me semble signifier qu'on se sent séparé d'elle et du monde, donc typiquement dans la dualité. Ce que je peux tout à fait comprendre et qui me renvoit à mon propre ressenti de solitude, d'étrangeté dans d'autres situations. Mais je ne vois pas la cohérence avec ce qu'écrit par ailleurs Viator et j'avoue y perdre mon latin.
viator
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Re: et si on parlait d'amour ?

Message par viator »

Bien sûr, chère Marion, on peut ne pas toujours réaliser la non-dualité profonde de ce qui est ! C'est même le lot de la plupart des humains, la plupart du temps. Il n'empêche que, si on se sent alors séparé, cette séparation, quelle qu'elle soit, n'en est pas une réellement... Le but profond de la "thérapie" dont je mentionnais la possibilité, quelque forme qu'elle prenne par ailleurs, n'est autre que cette réintégration dans le tout. Je disais aussi que c'est parfois cette impression de séparation, ressentie à son paroxysme (le "fond du trou" ; Thierry Vissac parle à ce sujet d'"effondrement" et E. Tolle évoque une expérience semblable à l'origine de son "éveil"), qui peut effacer cette illusion. Disons que ça arrive parfois, ce fut aussi un peu ma propre expérience, et c'est celle que, du fond du c?ur, je te souhaite de réaliser.

Et pour répondre à domino : au fond des trous les plus noirs on peut mourir aussi, c'est un risque en effet ? mais la mort n'est-elle pas un autre moyen de retrouver cette lumière, un moyen radical, absolu et définitif ? Cette proposition n'a pas besoin d'être prouvée : elle est juste l'expression ...disons poétique, d'une énergie joyeuse qui augmente ta force vitale et te donne toutes les chances pour te sortir des situations les plus difficiles. C'est en cela qu'elle est vraie. Et si tu dois tout de même en mourir, tu auras auparavant tout fait pour glorifier la vie. C'est la raison pour laquelle, même après ce passage, ta vie ne cessera pas.
marion
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Re: et si on parlait d'amour ?

Message par marion »

Quand je questionne ici sur l'amour, cher Viator, je regrette de tomber dans un possible trou noir. N'y a-t-il pas d'amour heureux ?
viator
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Re: et si on parlait d'amour ?

Message par viator »

L'apparition de trous noirs est possible partout, ce n'est pas une spécificité de la relation amoureuse, bien entendu, chère Marion ! Je répondais là aux remarques de Domino, et tentais de montrer que même au fond de ces trous, la vie ne cessait jamais. C'est d'ailleurs souvent parce que l'on craint ou que l'on appréhende le malheur que l'on s'empêche de vivre, et c'est peut-être au fond le seul problème de la relation amoureuse, qu'elle soit ou non effectivement vécue. Dire "oui" est toujours la meilleure réponse qu'on puisse faire aux propositions et aux sollicitations de la vie, quelles qu'elles soient.
Apolline
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Re: et si on parlait d'amour ?

Message par Apolline »

En lisant Marion, je comprends bien sa question, l'amour heureux existe t'il ? N'est-ce pas la dualité : heureux ou malheureux ?... Il y a l'amour et l'accueil de ce sentiment, l'accueil de l'autre et de tout ce qui va nous traverser et l'accueil de ce que nous traversons ensemble et/ou aussi parfois l'accueil de sa fin.. Il me semble que Marion sollicite des témoignages pragmatiques. Je partage en tout point la réponse de Viator à ce sujet, dire "oui", oublier "ego" et abandonner ses craintes pour vivre pleinement l'Amour sont sans nul doute les préalables à une relation profonde ou chacun va s'engager en acceptant de regarder ses peurs et de les partager... Pour ma part un idéal jamais rencontré... Car il semble que, malgré un engagement dans le monde ordinaire visible : matériel, social, familial nous sommes capables de ne jamais lâcher nos peurs et finalement ne jamais partager nos ressentis, nos sentiments, nos souffrances avec la personne pourtant choisie pour partager cette vie. Beaucoup de couples sont absents de cette sphère du partage et s'éloignent inexorablement l'un de l'autre ne partageant que des préoccupations matérielles et organisationnelles si loin d'une communication profonde... Pourquoi cette peur persistante malgré l'engagement visible ?
Les racines ne seraient-elles pas a chercher dans notre culture catholique ?
viator
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Re: et si on parlait d'amour ?

Message par viator »

Tout ce que tu écris là est très juste, chère Apolline... Mais pourquoi chercher la source des désordres de notre civilisation dans le Catholicisme ? Notre monde contemporain me semble plutôt caractérisé par l'absence de spiritualité, le matérialisme, l'individualisme. Le Catholicisme, du moins dans ce qu'il a de plus profond, a peu à voir me semble-t-il avec tout ça ; mais peu importe au fond.

J'entends la pureté de tes attentes, et les déceptions de ton c?ur... Rien n'est assuré concernant le futur, mais tu sais sans doute que lorsque le c?ur s'ouvre à la vie, celle-ci, certes jamais tout à fait comme on s'y attend, répond toujours avec douceur et intelligence. D'autant plus vite, d'autant plus fort que, comme tu le dis dans un autre post, tu pratiques l'écoute et l'accueil inconditionnel "avec intensité". Et sans oublier un brin de tendresse envers toi-même?

Pour ma part, j'en suis convaincu !
Apolline
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Re: et si on parlait d'amour ?

Message par Apolline »

La sphère dans laquelle nous évoluons est certes baignée d'individualisme, d?égoïsme, de matérialisme,.... Une sorte de bain sociétal auquel il est difficile d'échapper...et pourtant...tant de personnes par le monde se rassemblent pour pratiquer diverses formes de spiritualités. Il me semble que nous sommes à la fin d'un cycle et que l?évolution des consciences ira maintenant vers la lumière, le partage, la connaissance des mondes subtils et de l'énergie...

Pour reparler de l'amour et du couple, je vais essayer d'être plus explicite...

Donc d'une part un environnement "extérieur au corps" qui tend vers l'individualisme et d'autre part quelque chose lié à l'émotion, au corps, à l'âme... Quelque chose d'une crainte de l'homme pour la femme, dont la racine pourrait être, entre autres, dans les représentations de la religion catholique : d'une femme "tentatrice" dont il serait prudent de se tenir à distance, dont le mouvement d'aller vers... serait une faiblesse qu'il serait bon de retenir... impliquant que tout partage serait une "mise en danger"... C'est un ressenti profond est-ce plus clair ? Est-ce si loin de la réalité ? Ou serait-ce une interprétation car finalement cette peur serait réciproque et traverserait tous les êtres humains dans les relations amoureuses, toutes cultures religieuses confondues ?
viator
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Re: et si on parlait d'amour ?

Message par viator »

Oui chère Apolline, il y a des contre-courants souterrains qui s'infiltrent au c?ur du matérialisme, qui pour le moment semble dominer extérieurement. C'est toujours la même lutte de l'ombre et de la lumière ? celle-ci est en effet du côté de la grande unité avec tout ce qui est ("tout ce qui est" est vivant, à sa manière), et l'ombre est du côté de ce qui divise ; la lumière est à l'intérieur, où nous sommes tous reliés, et l'ombre est à l'extérieur. A l'issue de cette lutte, tu le sais, la lumière finit toujours par l'emporter, non pas en détruisant l'ombre, mais en la transfigurant en sa propre substance...

Le lien avec la religion catholique pourrait être discuté ; certains théologiens pensent, au contraire de ce que tu évoques, que le Christ était profondément libéré de cette fameuse peur des femmes. Il est vrai que l'Eglise a souvent perdu cette liberté, l'a transformée en crainte de la souillure et du péché dont l'origine serait la femme elle-même... J'aime beaucoup ce que dit Bobin à ce sujet (dans le Très-Bas) : "L'homme qui ne sait des femmes que la crainte qu'elles lui inspirent et qui donc n'en sait rien, l'homme a cependant un début de lumière, un fragment de ce qu'est Dieu, dans la mélancolie du rire des femmes, dans sa nostalgie invincible d'un visage éclairé d'insouciance. Il est toujours possible pour un homme de rejoindre le camp des femmes, le rire du Dieu..."

Apprendre du Christ à aimer, y compris, pour les hommes, à aimer les femmes ?

Tu me diras comment tout cela te parle...
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