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printemps

Posté : mer. mars 28, 2012 1:02 pm
par viator
K, c'est le kairòs, le bon moment. Bon moment pour quoi faire ? Bon moment pour être là, tout simplement. Ne pas trop se préoccuper de ce qu'il y a à faire : à tout moment, est donnée la juste inspiration sur la manière d'être là. Il s'agira tantôt de faire, et tantôt d'écouter. Tantôt d'écrire, et tantôt de lire. Ou d'éteindre son ordinateur, pour profiter, par exemple, des premiers jours de chaud printemps. Chaque moment est, pour quelque chose, le bon moment ? le kairòs.

Re: printemps

Posté : ven. mars 30, 2012 6:56 pm
par marion
pourtant, parfois, j'hésite longuement avant d'effectuer telle action (me promener, pour profiter de la lumière du printemps), plutôt que telle autre (entreprendre une série de tâches domestiques, déjà différées hier).
Si la juste inspiration est toujours présente, cela devrait m'épargner beaucoup d'hésitations. Ou bien ne sais-je pas la contacter ?

Re: printemps

Posté : lun. avr. 02, 2012 6:34 am
par viator
Quel que soit ce vers quoi tu te sens inspirée, chère Marion, cette inspiration est juste. Par définition, en quelque sorte. Cela devrait t'épargner bien des tracas, en effet... Autrement dit, si tu as envie de faire du ménage, c'est que bon moment est venu pour cela. Idem pour la promenade, ou pour n'importe quoi d'autre. Même si j'ai envie de rester devant la télé tout le week-end, me demanderas-tu peut-être ? Si cette envie vient, accueille-la. Et donne-lui satisfaction. Mais écoute aussi toutes ces autres envies qui apparaitront bientôt, l'envie de sortir, par exemple. Et, pareillement, accueille-les, pareillement, donne-leur satisfaction. La vitalité en toi te montre à chaque instant ce qui est bon pour toi. C'est à chaque instant le kairòs, et ne te préoccupe pas trop du reste...

Et si c'est l'hésitation qui vient, c'est qu'est arrivé le bon moment pour hésiter. Alors vas-y a fond, jouis de cette hésitation ! Et commence par l'accueillir pleinement. Si tu procèdes ainsi, je gage que lorsqu'elle surviendra à nouveau, elle passera un peu plus vite, de plus en plus vite. Il t'arrivera toujours, certes, d'être arrêtée devant plusieurs possibilités d'action, mais tu ne vivras plus cela comme de l'hésitation. Plutôt comme de la contemplation ? la contemplation de l'action appropriée, inconnue de toi encore, qui prend le temps de mûrir avant de se dévoiler et de s'accomplir.

Re: printemps

Posté : lun. avr. 02, 2012 7:30 pm
par marion
merci pour cette belle réponse, cher Viator.
Pourtant, elle ne me satisfait pas tout à fait. Quand tu écris que l'inspiration est juste par définition, à quoi te réfères-tu ?
L'inspiration est juste : quelle définition donnes-tu de la justesse ?
Et si l'inspiration me pousse à tuer mon voisin, parce qu'il fait trop de bruit, suis-je toujours dans la justesse ?

Re: printemps

Posté : mar. avr. 03, 2012 6:23 am
par viator
C'est une bonne question, chère Marion. Bien entendu, dans le sens mondain du terme, il y une Justice humaine, parfaitement légitime, qui empêche l'assassin de passer à l'acte, du moins l'empêche de recommencer. En ce sens, cette inspiration criminelle n'est pas conforme à la Justice, elle n'est pas "juste". Mais dans la perspective où je me place, être dans la justesse signifie simplement être. Une pulsion meurtrière, si c'est cela qui apparaît, est juste uniquement dans la mesure où elle est, et doit être accueillie pour cette raison même. Rien de ce qui me traverse, en effet, qui ne vienne de Dieu ! Pour le dire autrement : il n'y a pas de Justice divine, en tout cas pas dans le sens où Dieu punirait les méchants, ou les empêcherait de nuire.

La question pertinente me semble être la suivante : que se passe-t-il lorsque je me sens habité par une pulsion "perverse", quelle qu'elle soit par ailleurs ? Je n'ai rien proposé d'autre que d'accueillir cette pulsion. Mais il s'agit d'accueillir aussi toutes les autres pulsions, tendances, désirs qui me traversent au même instant. Il s'agit de ne dire "non" à rien, de tout accepter... En ce moment même, telle pulsion perverse ne coïncide-t-elle pas avec d'autres, pulsions d'amour ou de compassion par exemple ? Telle pulsion haineuse n'est-elle pas moins forte, moins irrésistible le moment d'après, notamment lorsque je rencontre le regard de ma victime ? Il y a de fortes chances pour que la réponse soit "oui". Mais dans le cas contraire ? Dans ce cas, effectivement, je n'ai plus qu'à m'abandonner à cette pulsion fatale : de toute façon, aucune morale, aucune croyance, aucun raisonnement n'auraient pu me retenir. Sauf, peut-être, le bras armé de la Justice, précisément...

Ce qui est juste, du point de vue de l'Absolu, c'est ce qui apparaît. Tout ce qui apparaît. Il faut faire confiance à l'harmonieuse, à la merveilleuse cohérence du monde. Le sage combat pour la Justice, c'est son coté actif, et remercie Dieu pour tout ce qui arrive, c'est son côté contemplatif.

Re: printemps

Posté : mar. avr. 03, 2012 8:06 pm
par marion
merci pour ces éclaircissements relatifs à l'inspiration juste.
La fin de ta réponse suscite une autre curiosité de ma part.
Il me semble, cher Viator, que tu mets surtout l'accent sur le côté contemplatif du sage, qui remercie Dieu pour tout ce qui arrive. Quand le sage est actif et combat pour la Justice, s'agit-il de la Justice humaine, ou d'une autre Justice?

Re: printemps

Posté : mer. avr. 04, 2012 1:37 pm
par viator
Il s'agit de la Justice humaine, chère Marion, dans le sens le plus ordinaire de ce terme. De quelle autre Justice pourrait-il s'agir ? De Justice divine ? Celle-ci est purement immanente ; elle est l'éclat même de ce qui est, et n'a donc besoin d'aucune intervention extérieure. De Justice des Anges ? Sa nature m'est totalement inimaginable. Mais le "sage", comme tout un chacun, est touché par la misère et la souffrance d'autrui, et il la soulage à sa façon, en fonction de ce qu'il voit, de ce qu'il ressent de la situation : il ne me semble pas du tout contradictoire d'accueillir tout ce qui apparaît comme venant de Dieu, et d'agir pour changer le monde... Le sage en effet dit à la fois "oui" à ce qui est, et "non" à ce qui devrait ne pas être ? car ce qui est, parfois, devrait ne pas être... Ce "oui" et ce "non" se disent cependant à deux niveaux très différents. Je ne peux ici que te renvoyer à ce que j'écrivais ailleurs à ce sujet :

(...) Certes, le "oui" et le "non" sont tous deux, chez le saint, portés à leur paroxysme, mais le "oui" ne se situe pas au même niveau. Tout d'abord, ce "oui" est premier ? c'est, devant le donné, devant le nouveau, le réflexe initial en quelque sorte ?, et le "non", lorsqu'il apparaît également, vient toujours dans un second temps. Ensuite, le "oui" porte sur la totalité de ce qui est, alors que le "non" porte seulement sur certains aspects, certains éléments de cette totalité. Enfin, si le "oui" est pure affirmation, s'il affirme inconditionnellement, le "non" n'est pas tant une négation, au sens strict, qu'un "oui" en devenir, qu'un "oui" en gestation. Bref, le "non" du travail à accomplir n'a de sens et d'efficacité que par le "oui" de l'acceptation première et de la confiance dans le déroulement du devenir. (Les mille visages de l'un, un voyage dans la non-dualité, éditions Almora).